La cousine de Robiel, l’Érythréen décédé au port de Calais est venue chercher son corps

Choloé Tisserand
Calais, 22 novembre 2013
Le 9 octobre, un Érythréen, qui voulait traverser l’avant-port à la nage pour rejoindre les ferries, s’est noyé. Son corps a été repêché près d’un mois plus tard, le 4 novembre. Dimanche, Roberta Mazzeo, s’est rendue à Calais dimanche, pour rapatrier le corps de son cousin. Il s’appelait Robiel Habtom.

On se souvient rarement des visages des migrants de passage à Calais, ces silhouettes anonymes. Et il est souvent difficile pour leurs proches d’être prévenus de la mort d’un des leurs. Robiel Habtom est une nouvelle perte sur les routes de l’exil. Il s’est noyé alors qu’il voulait embarquer dans un ferry qui aurait pu l’emmener en Angleterre. Lundi, la police aux frontières (PAF) a accompagné Roberta pour lui indiquer le lieu du drame.La cugina di Robiel con la foto

Elle a jeté des roses blanches dans l’eau. Roberta, née en Érythrée d’un père italien, a quitté son pays au moment de la guerre et a rejoint l’Europe à l’âge de 20 ans. Elle est assistante sociale aujourd’hui. Elle a appris la mort de son cousin par un de ses amis à Calais qui lui a téléphoné. Quelques heures avant le drame, elle discutait encore avec Robiel sur Facebook.

Le corps de son cousin sera rapatrié en Italie, à Quingentole où elle vit pour qu’il soit près d’elle et qu’elle puisse se recueillir sur sa tombe. Roberta a les yeux humides et éclate en sanglots : « Robiel ne voulait pas faire le service militaire en Érythrée. Il s’est réfugié avec sa famille au Soudan. Je leur envoyais un peu d’argent. Il est venu me rejoindre ensuite. Il a d’abord vécu en centre d’accueil, puis cinq mois chez moi. Il avait le statut de réfugié en Italie. Mais il voulait partir en France car un ami lui a dit qu’il avait un bon travail pour lui. » Robiel rejoint la France le 2 octobre. Il n’a jamais parlé des conditions de vie à Calais.

Depuis dimanche, elle découvre les tentes installées le long des quais du canal qui servent d’abris aux exilés. Là où a vécu son cousin. Elle a pénétré dans le squat boulevard Victor-Hugo et a discuté avec des amis à lui. Ils ont raconté leur vie ici. « J’ai une grande douleur de voir comment les migrants sont traités ici. Le plus dur, c’est de me dire que Robiel a vécu comme un animal les derniers jours de sa vie »,

Les pompes funèbres devraient rapatrier le corps en Italie à la fin de la semaine prochaine. La PAF a facilité les démarches et a déposé l’avis de décès en mairie. Roberta essaiera de faire venir la mère de Robiel du Soudan pour les funérailles. Elle repart ce matin en Italie avec l’espérance « que ce qui est arrivé à mon cousin n’arrivera plus à personne. »

Choloé Tisserand

Roberta Mazzeo tend une photo de son cousin germain de 25 ans

Corrispondente dall'Africa, dove ho visitato quasi tutti i Paesi